Soudan: Au Darfour Béchir menace d'expulsion ONG, ONU et diplomates


(08-03-2009) Le président Omar el-Béchir a menacé dimanche d'expulser les ONG, le corps diplomatique et les forces de l'ONU présents au Soudan en cas de non respect des lois locales, lors de sa première visite au Darfour depuis la délivrance d'un mandat d'arrêt contre sa personne.



Le président soudanais Omar el-Bechir (d) ovationné à El Fasher, capitale du Darfous le 8 mars 2009
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"J'ai un message pour toutes les missions diplomatiques présentes au Soudan, les organisations non gouvernementales (ONG) et les Casques bleus. Ils doivent respecter les lois locales sinon ils seront expulsés du pays sur le champ", a déclaré le président soudanais devant des milliers de personnes.

Omar el-Béchir effectuait dimanche une visite éclair à El-Facher, capitale historique du Darfour, quatre jours seulement après le mandat d'arrêt émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes dans cette région de l'ouest soudanais en proie depuis 2003 à la guerre civile.

Il a fait le trajet entre l'aéroport d'El-Facher et le centre-ville debout à l'arrière d'une jeep, en saluant la foule nombreuse qui brandissait ses photos, agitait des drapeaux soudanais, scandait le nom du président et conspuait les Etats-Unis et le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.

"La CPI, les juges et le procureur sont tous sous mes souliers", a lancé avec dédain Omar el-Béchir, vêtu d'un costume vert safari, son crâne dégarni perlant de sueur sous un soleil de plomb.

Khartoum a immédiatement répliqué à la décision de la CPI en expulsant 13 ONG internationales responsables de la distribution alimentaire, de l'accès à l'eau potable et des soins de santé pour plus d'un million de personnes déplacées par les violences au Darfour.Les pays occidentaux "nous ont dit que si nous permettions aux ONG de poursuivre leur travail, la décision de la CPI allait être suspendue. Mais nous avons refusé", a affirmé le président soudanais.

Les autorités soudanaises ont indiqué qu'elles allaient prendre le relais à la suite du départ de ces ONG. "Nous allons combler le vide" créé par le départ de ces ONG, a assuré le président Béchir, sans fournir plus de détails.

"Ce n'est pas possible, dans un délai raisonnable, de remplacer la capacité et l'expertise que ces ONG ont fournies sur une longue période", ont averti précédemment les agences de l'ONU au Soudan dans un communiqué.

Quelque 85 ONG internationales sont actives au Darfour, mais les 13 expulsées "comptent pour plus de la moitié de la capacité des opérations humanitaires", ont-elles regretté.

Omar el-Béchir, 65 ans, tente actuellement de rallier l'appui de l'ensemble de la population soudanaise dans son bras de fer contre la justice internationale sur le thème de la lutte contre le "néo-colonialisme" occidental.

Avant le discours du raïs soudanais, des personnalités darfouries pro-Khartoum ont pris la parole invitant la population à soutenir le président, jouant notamment la carte tribale. "Les zaghawas pour le président", a résumé un orateur.

Les zaghawas sont l'une des tribus influentes au Darfour. Le chef des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), Khalil Ibrahim, provient de ce lignage.

La force de maintien de la paix ONU-Union africaine (Minuad) a pour mandat de surveiller la mise en oeuvre d'un accord de paix intervenu en 2006 entre Khartoum et l'un des nombreux groupes rebelles du Darfour, la faction de l'Armée de libération du Soudan (SLA) de Minni Minnawi, un zaghawa du Darfour aujourd'hui allié du président Béchir.

La Minuad compte actuellement 15.500 soldats et policiers au Darfour.



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